« Un moine commença la lecture de l'évangile de Matthieu : “Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples : ‘Au dire des hommes, qui est le Fils de l'homme?’ Ils dirent : ‘Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d'autres, Élie; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes’.” À ces mots, je n'entendis plus le moine, mais quelqu'un d'autre. En mon cœur. D'une voix aussi distincte que celle du lecteur, il continua l'Évangile. »
« Sa voix aurait dû me terroriser, parce que je n'étais pas au clair avec lui. Loin de le suivre, je marchais en parallèle. Or, justement, cette voix me demandait qui était Jésus pour moi. Une interrogation qui, dans la condition où je me trouvais, aurait dû me paraître un piège de Dieu, préalable à une accusation impitoyable de sa part. Mais tout au contraire, loin de me perturber, cette voix me donna une grande maîtrise de moi-même, dans une totale liberté intérieure, pour répondre à la question en vérité. »
« Jamais je n'en ai douté, j'ai entendu Jésus à cette messe-là. C'est lui-même qui m'a interrogé sur ma relation avec lui. Par la chaleur de sa voix, il me mit en confiance. Par la beauté de son accent, il me mit en joie. Par la fermeté détachée de son ton, il me mit en toute liberté. Car il m'a parlé avec l'assurance du prophète qui lit dans les cœurs et la tendresse d'une mère qui veille sur son enfant malade. Quand, à la fin de ma vie, je paraîtrai devant lui, il me posera de la même manière la même question. »