Dans les médias et les réseaux sociaux, on a tout dit au sujet de la rémunération des mères porteuses. Le pour et le contre ont été retournés dans tous les sens. On n’a rien oublié de ce qui concerne les mères au point de vue psychologique, éthique, juridique, soit! Mais le point de vue des enfants? Qu’en est-il? Il est mésestimé, quand il n’est pas oublié. Mme Luce de Bellefeuille, une Québécoise, sommité en la matière, s’est judicieusement chargée de le rappeler. C’est chaque enfant né d’une mère porteuse rémunérée qui « aura à vivre, dit-elle, avec une histoire bien différente de celle des autres ».

De fait, l’histoire des enfants des mères porteuses, surtout si elles sont payées, n’est pas celle des autres dès son commencement, dans la vie intra-utérine. Elle s’en distingue le plus souvent par des blessures singulières.

Pourquoi s’en étonner? Combien d’enfants portés par leur mère, si accomplie soit-elle, formant avec le père un couple amoureux et équilibré, vivent pourtant avec des blessures! Les psychologues et les psychiatres en rencontrent régulièrement dans leur pratique.

Que dire alors des enfants de la gestation pour autrui [GPA]? Sans la diaboliser, comme certains le font, il faut reconnaître qu’elle est à risque pour la progéniture même quand, pour les mères, l’enfant a du prix. Mais le risque est extrême quand, pour elles, l’enfant n’importe que s’il rapporte, quand grossesse rime avec business. Elles n’engendrent pas, elles produisent. Mères payées, vies d’enfants bouleversées.

J’ai vieilli et, comme le dit Saint-Exupéry, « lorsqu’on vieillit, on médite ». Mon esprit fait du va- et-vient entre le Québec d’hier et celui d’aujourd’hui. Rien ne sera jamais plus comme avant dans l’attitude du Québec vis-à-vis des enfants. Nous, les aînés, devons en prendre note. C’est ça, la réalité, et nous ne pouvons pas aller à l’encontre de ce changement.

Le Québec aime les enfants plus que jamais, au point de les idolâtrer. Et, chose paradoxale, il leur fait courir le risque d’être blessés gravement par son ouverture à la rémunération des mères porteuses, ouverture plus grande que dans plusieurs régions du monde.

Ce n’est pas un hasard si le débat sur le sujet s’est rouvert avec le projet d’un Québécois, Anthony Housefather, député libéral de Mont-Royal, de proposer à Ottawa de légaliser la rémunération des mères porteuses. De même, ce n’est pas un hasard si ce projet n’a pas été rejeté du revers de la main par le premier ministre. Au contraire, il a dit qu’il va falloir y réfléchir beaucoup. Ce n’est pas un hasard : il est lui aussi un Québécois.

Ce n’est pas davantage un hasard si nous lisons, sur les réseaux sociaux de chez nous, beaucoup de « oui » à cette rémunération. Bien qu’ils soient extrêmement minoritaires, j’en ai lu quelques-uns sur mon compte Facebook de curé!

Je suis étonné par la manière québécoise de traiter de cette gravissime question. La légèreté du débat me pose question. Encore un peu et on en rira, car, au Québec, de qui et de quoi ne rit-on pas?

Mon dernier mot est pour les mères porteuses qui sont déjà rémunérées, ayant fait le détour par les États-Unis où la pratique est légale : « Le jour où vous sentirez bien lourd dans votre ventre l’enfant d’une autre mère, adoptez-le dans votre esprit, et son poids sera lesté d’amour. »