Premier octobre. Me voici à Medjugorje. C’est dans ce village de la Bosnie-Herzégovine que Marie est apparue, pour la première fois, le 24 juin 1981 à six enfants de la paroisse. C’est la deuxième fois que j’y accompagne des pèlerins. J’avais espéré revenir en ce lieu de prière qu’à l’époque, en 2006, j’avais appelé « une plaine de grâces », en m’inspirant du  nom du village qui signifie « entre les collines ».

Je m’empresse de dire que, selon mon jugement, les premières apparitions étaient authentiques, mais pas les suivantes, de sorte que les messages attribués par la suite à Marie sont faux. En voici un exemple. Le père franciscain Tomislav Vlasic était vicaire de la paroisse de Medjugorje à l’époque des premières apparitions. En 2008, il a été relevé de ses fonctions et laïcisé par la Congrégation de la doctrine de la foi pour diffusion d’une doctrine douteuse, manipulation des consciences, mysticisme suspect et avoir mis une sœur enceinte dans les années 70. Or, dans une déclaration unanime des voyants et des voyantes, 13 fois Marie a affirmé que ce prêtre était innocent et les autorités, coupables!

Dans ses apparitions depuis plus de trois décennies, qu’elles soient quotidiennes, mensuelles ou annuelles, selon les voyants et les voyantes, la Vierge ne cesse de donner des messages. Le Siracide disait : « Le sable et la mer, les gouttes de la pluie, les jours de l’éternité, qui les dénombrera? » (Siracide 1,2) On peut dire de ces messages : Qui les comptabilisera? Mère Teresa trouvait que Marie était devenue bavarde! Ce n’est pas la Marie discrète de l’Évangile.

Quoi qu’il en soit de l’inauthenticité des apparitions postérieures aux premières, Medjugorje est un lieu de prière exceptionnel. Un million de pèlerins y viennent chaque année, et c’est par milliers qu’ils prennent part, même sous la pluie, aux messes, aux heures d’adoration, aux chemins de croix, aux récitations du chapelet. L’achalandage de la place des confessions est impressionnant. Je m’y suis confessé avec grand profit.

Il n’y a pas de touristes à Medjugorje comme il y en a à Compostelle; il n’y a ici que des priants et des priantes en quête de conversion, comme moi.

Sept des pèlerins de notre groupe ont vu le soleil faire soudainement des soubresauts (on dit, communément, qu’on voit le soleil danser). D’où vient ce prodige et quel en est le sens? Ce phénomène actualise ce mot de Dieu dans les Actes des Apôtres. « Je ferai des prodiges là-haut dans le ciel » (2,19) et un autre de l’Apocalypse, où la femme est comparée au soleil qui donne la vie, alors qu’elle connaît les « soubresauts de l’enfantement » (12,1-2). À Medjugorje, Marie, par une naissance nouvelle, met au monde une multitude d’enfants.

Sachant que les apparitions actuelles sont inauthentiques, je recommande, malgré cela,  d’aller en pèlerinage à Medjugorje, une paroisse animée par les fils de François d’Assise. Je dis cela en pensant à Claire d’Assise qui « avait l’art de tirer du sermon de n’importe quel prédicateur ce qui pouvait profiter à son âme, sachant se montrer aussi habile pour cueillir une fleur sur un buisson d’épines que pour atteindre aux fruits d’un arbre bien cultivé. » (S. Maggy Léonard)

Peu importe que les Franciscains soient toujours des inconditionnels des voyants et des voyantes. Nous pouvons cueillir dans leur paroisse des fleurs qu’on ne trouve guère ailleurs!

Le 7 octobre, en la fête de Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, je préside la messe de midi, en français, à l’église de Medjugorje. Je termine en disant que Medjugorje est une mer d’Ave Maria dont les vagues douces et ininterrompues viennent « chérir », pour employer un mot cher au pape François, « les rivages du paradis ».

Un mot sur la Bosnie-Herzégovine qui était, jusqu’en 1995, une région de l’ex-Yougoslavie. C’est un pays de quatre millions d’habitants, constitué de 15% de Croates (catholiques), de 30 % de Serbes (orthodoxes) et de 55% de musulmans. La capitale, Sarajevo, a une population de 450 000 habitants.

Les relations entre les chrétiens (catholiques et orthodoxes) et les musulmans sont paisibles sur le plan individuel, mais c’est autre chose sur le plan politique. Même dans les régions du pays où ils sont minoritaires, les musulmans tentent d’imposer leurs valeurs, quitte à empiéter sur la liberté des personnes plus que ne l’exige un État de droit. Ce n’est plus une révélation que les innombrables messages de Marie insistent sur la nécessité de prier…