Les prêtres pédophiles ne sont pas des cas isolés, il y en a par milliers. Il s’en découvre toujours plus dans le monde, parfois par centaines comme en Pennsylvanie. On se demande ce qui n’a pas fonctionné dans le système pour qu’autant de ministres ordonnés soient devenus des abuseurs d’enfants.

On parle toujours du flux de ces prêtres qui ont blessé à jamais des dizaines de milliers d’enfants à cause du célibat. Son obligation a laissé un goût amer chez ces prêtres. Ils ont été contrariés d’avoir à vivre avec une sexualité désactivée. L’arrêt ecclésial touchant le célibat les a mis en marche vers une satisfaction morbide de leur sexualité avec les enfants, se libérant ainsi de leur compulsion devenue insupportable.

Les dommages du renoncement obligatoire de la vie à deux ont été à ce point graves que ces prêtres se sont enfermés sur eux-mêmes de sorte qu’ils sont devenus pratiquement incurables. Plusieurs évêques ont été naïfs de croire que, par leur simple déplacement, ils les guériraient, les rendant dignes de continuer leur ministère.

L’obligation du célibat n’explique pas tout. Il y a une autre cause plus profonde de cette épidémie qui fait la honte et la tristesse de l’Église. Et ici, le système ecclésial a été pervers. Il avait mis les prêtres à une hauteur surhumaine, comme en témoignent les discours que l’évêque tenait à ceux qu’il allait ordonner prêtres. Au moment de « monter si haut », il les exhortait à se souvenir « que ceux qui sont choisis doivent se distinguer par une sagesse toute céleste […], qu’ils doivent être parfaits dans leur foi et leur conduite ».

Ce discours n’a sûrement pas étonné les futurs ordonnés à qui l’on avait dit à satiété que le prêtre est un autre Christ.

Un autre Christ! Cette exagération fait sourire aujourd’hui, à commencer par le pape François qui aime cette boutade : « Les Argentins disent qu’il est humble, notre pape : il s’appelle François, non pas Jésus II. »

En proclamant, le jour de leur ordination, que les prêtres sont parfaits, l’Église leur a fait courir un grave danger, celui d’endormir leur conscience. De fait, les êtres parfaits n’ont pas à s’examiner quotidiennement et soigneusement, ils peuvent même se permettre d’être complaisants avec leurs fantasmes sexuels, si débridés soient-ils, sûrs que ça n’ira pas plus loin.

Par leur conscience tranquille, ils ressemblent à l’aviateur dont a parlé Antoine de Saint-Exupéry : « Quand la nuit est trop belle, on se laisse aller, on ne pilote guère, et l’avion commence à s’incliner, sur la gauche. On le croyait horizontal. »

Ces prêtres à la conscience endormie- ils sont parfaits- se sont laissés aller comme le pilote, ils n’ont guère contrôlé leurs fantasmes. Alors, ils se sont mis à pencher, à pencher toujours plus. Comme l’avion qui devait être horizontal, ils se croyaient droits. Mais, un jour, revenu dans une sacristie déserte avec l’enfant qui avait servi la messe, le prêtre, souvent sans préméditation, s’est mis- il se croyait droit – à caresser l’enfant, avant de l’entraîner dans un bureau ou dans sa chambre. Si ce prêtre avait su ce que sa conduite provoquerait chez l’enfant, jamais plus il n’aurait récidivé. Son aveuglement a été total. Ce que l’enfant a ressenti, c’était la stupeur, en découvrant une attitude hors du commun chez un être consacré exclusivement aux choses saintes.

Une fois rhabillé, l’enfant aurait voulu s’enfuir de la pièce, mais le prêtre l’a retenu, le temps de s’assurer de son silence.

L’homme, qui devait se distinguer par « une sagesse toute céleste », venait de commettre un crime. La totale : il a même voulu faire croire à l’enfant que Dieu avait été présent dans l’émotion qu’il avait vécue avec lui.

Ce prêtre a changé d’identité; sa nouvelle identité est claire : il est possession, puissance et jouissance. Voilà ce qu’a fait le système pervers sous lequel ont vécu ces prêtres.

Je ne prétends pas avoir dit le mot de la fin sur le comment et le pourquoi de la pédophilie chez les prêtres. Ce phénomène est vraiment le mysterium iniquitatis, le mystère du mal, a dit de lui Benoît XVI. Je laisse donc à plus perspicaces que moi le soin de prendre la relève.