Cette année, les 6 et 7 octobre, pour la troisième fois, j’ai été l’accompagnateur spirituel d’un pèlerinage à Fatima. Je ne me lasse pas d’y retourner car, d’un pèlerinage à l’autre, Marie me surprend par une grâce particulière aussi discrète qu’inattendue. La première fois, c’était à la chapelle des apparitions, lors de la récitation du chapelet, dans je ne sais combien de langues. La diversité des mots ne nous séparait pas les uns des autres mais, au contraire, portés par l’amour de Marie, ils formaient un chant à plusieurs voix.

La deuxième fois, c’était pendant la procession de 22 h, sur une place plus grande que celle de Saint-Pierre de Rome. C’était une mer de flambeaux dont les vagues caressaient la statue de la Vierge, qui fermait la marche.

La dernière fois, c’était pendant le Chemin de croix érigé sur le sentier même que François, Jacinthe et Lucie suivaient avec leurs moutons pour les emmener paître de leur étable à l’endroit où Marie allait un jour leur apparaître.

Mais il y a, attachée à Fatima, une grâce permanente et universelle, un cadeau que Marie a fait une fois pour toutes à toutes ses filles et à tous ses fils : c’est son message. Il est un résumé de l’Évangile. Quand Marie parlait aux trois enfants, c’est lui qu’elle proclamait.

Dans son message, en 1917, la Vierge a parlé de la conversion, je dirais même qu’elle n’a parlé que de la conversion. C’est ce qu’a compris Jean-Paul II, disant de ce message lors de son pèlerinage à Fatima en 1982 : « C’est la conversion dans la grâce de Dieu. »

Par son exhortation à la conversion, la Vierge a fait écho, avec une grande fidélité, à l’exhortation de son fils qui a proclamé en Galilée : « Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » (Mc 1,14-15)

Si Marie a tant demandé aux jeunes pastoureaux de prier, c’était pour la conversion des pécheurs, notamment en récitant le chapelet qu’elle-même portait dans ses mains. Son insistance à faire réciter cette prière lui a valu d’être appelée la Reine du Rosaire de Fatima.

Le 13 juillet 1917, Notre-Dame a appris aux enfants une prière à réciter après chaque mystère : « Ô bon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer… »

C’est une prière qu’on ne récite plus à Fatima, et pour cause : elle est d’un autre âge. Je ne comprends pas qu’on puisse encore la dire aujourd’hui. Elle est de l’époque où Marie a tenu le seul langage que les gens pouvaient comprendre : celui de la peur. Tout autre discours leur

aurait été incompréhensible. Par miséricorde envers eux, se faisant violence à elle-même, la Vierge leur a parlé comme il le fallait.

Ce niveau de discours s’imposait d’autant plus à François, à Jacinthe et à Lucie qu’aucun des trois ne savait lire ni écrire, n’étant jamais allés à l’école. À la fin des apparitions, Marie leur a demandé d’y aller. Une consigne que François a ignorée car, ayant su par Marie qu’il allait bientôt mourir, il a préféré à l’école l’église, où il s’est tenu des heures durant pour réciter le chapelet et tenir compagnie à Jésus « caché », comme il le disait, pour désigner Jésus présent dans le tabernacle.

Le langage de Marie, obligée de tenir un discours de peur, a culminé à Fatima lors de la dernière apparition, le 13 octobre 1917.

Il y avait, rassemblées sur la place, 70 000 personnes. Il pleuvait abondamment, mais à la demande de Lucie, on a fermé les parapluies. Tout à coup, le soleil est apparu. Il s’est mis à tourner sur lui-même comme une roue en feu et s’est comme précipité sur la terre. C’était l’horreur suprême. La foule a poussé un cri d’effroi. Autre temps, autre soleil. Aujourd’hui, à Medjugorje, le soleil danse…

Ce signe inouï dans le ciel, annoncé en termes voilés par les enfants, a authentifié une fois pour toutes leur parole. Tous et toutes ont cru en eux, notamment la mère de Lucie qui, jusque-là, l’avait traitée de menteuse, demandant à tout le monde de ne pas la croire. Par contre, son père a toujours cru qu’elle disait la vérité.

Outre les prières pour la conversion des pécheurs, Marie a demandé aux voyants de faire des sacrifices à cette même intention. Ainsi, le 13 juillet 1917, elle leur a dit : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice : Jésus, c’est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs. »

Les sacrifices et les prières pour la conversion des pécheurs forment une paire, un tandem indivisible. Quand nous prions, Dieu fait sa part, qui est prépondérante, dans cette œuvre de salut. Quand nous faisons des sacrifices, nous faisons la nôtre. Sans elle, celle de Dieu est inopérante, comme lorsque nous disons avant le repas : « Seigneur, donnez du pain à ceux qui n’en ont pas », alors que nous ne faisons jamais de sacrifices dans la nourriture. Cette prière-là fait bâiller le Seigneur d’ennui.

L’Évangile de la conversion, proclamé par Marie à Fatima il y a un siècle, avec son prolongement de nature pastorale : les prières et les sacrifices, continuera à être proclamé pendant des siècles.