Dans notre société sécularisée de façon irréversible, les signes religieux, dont le principal est le crucifix, quittent l’un après l’autre les places publiques. Mais, dans certaines d’entre elles, le crucifix s’accroche, comme il l’a montré à l’hôpital Saint-Sacrement à Québec, de même qu’à l’Assemblée nationale.

Le crucifix résiste à sa disparition au titre de valeur patrimoniale. Car l’histoire du Canada écrite par des Blancs a commencé avec l’érection d’une croix dès que Jacques Cartier est débarqué sur le continent. Depuis ses origines jusqu’au milieu du XXe siècle, notre histoire est inséparable de la croix : enlever le crucifix de tout lieu public serait faire une croix sur notre histoire.

Mais est-ce que le crucifix n’aurait pas, outre une valeur patrimoniale, une valeur théologale : l’espérance? L’espérance que justice sera faite aux personnes dont la dignité est crucifiée.

Plus que jamais cette espérance, il nous la faut. Car nous désespérons des partis politiques au point de nous demander si leur fin n’approche pas, selon le magistral dossier de L’actualité du 15 avril 2017. Nous désespérons de l’intégrité de la police, après les scandales devenus une quasi-culture chez elle. Nous désespérons des suites de la Commission Charbonneau. Nous désespérons que justice soit faite aux femmes victimes de harcèlement sexuel.

Inconsciemment, nous nous disons que, si nous lâchons « la petite Espérance » dont parle Charles Péguy, nous aurons tout perdu. Car il ne nous reste qu’elle pour ne pas céder à la tentation qui a envahi un jour un battant comme Bernanos : « Le démon de mon cœur s’appelle à quoi bon. »

C’est maintenant plus que jamais, au Québec et même en Occident, le temps de l’espérance, car « il est trop tard, dit avec sagesse Yann Arthus-Bertrand, pour être pessimiste ».

Les deux valeurs qu’a le crucifix, la valeur patrimoniale et la valeur théologale, vont de pair. La valeur patrimoniale nous plonge dans nos origines, nos racines. Or, « la racine n’est qu’espérance ». (Marie Noël)

Quand l’espérance jaillit, la joie jaillit, la joie d’un certain jour de Pâques.