Le chêne, l’érable, le hêtre sont des bois durs, des essences nobles. Par contre, le bouleau et le tremble sont des bois mous, des essences moins nobles. Telle est, en apparence, la prière. Il y a la prière d’adoration, de louange, d’action de grâce et d’intercession, qui seraient des essences nobles. Des prières gratuites, généreuses, dignes d’un coeur désintéressé. Quant à la prière de demande, elle serait celle de la misère, de l’impuissance, de la fragilité. Une prière d’essence moins noble.

Pourtant, quand il enseigne à prier, Jésus nous apprend une prière faite exclusivement de demandes. Il y en a sept. C’est le Notre Père. Loin donc de venir après toutes les autres, la prière de demande, à l’école de Jésus, occupe la première place. Instruits par lui, on demande, et après on passe aux autres prières.

La prière de demande est, bien sûr, celle du pauvre. Mais elle n’est pas pour autant celle d’un mou, comme le bouleau ou le tremble. Car la prière exige une endurance à toute épreuve de la part de celui qui la pratique. Elle l’oblige à s’armer d’une patience inébranlable, comme l’enseigne la parabole de l’ami qui se laisse enfin fléchir (Luc 11, 5-8).

Pour ma part, je fais au Seigneur une demande depuis déjà trente-trois ans. Toujours la même. Et je ne suis pas encore exaucé, mais je suis déterminé à faire cette prière de demande aussi longtemps qu’il le faudra. Je ne veux pas baisser les bras devant le Seigneur qui a l’air de ne rien vouloir savoir d’elle. Je vais tenir tête à Dieu, car ce que je lui demande, c’est réfléchi, c’est sérieux, c’est même noble. Dieu n’aura pas d’autre choix que de m’exaucer. Qu’il se le tienne pour dit, il ne m’entendra pas lui faire une autre demande que celle-là. Non. Il est condamné à entendre mon sempiternel refrain.

Je m’aide à persévérer dans cette prière de demande en la jumelant parfois à la prière de louange, qui m’est plus naturelle. J’ai appris cet arrangement d’un psalmiste qui a fait cette confidence : « Quand je poussai vers lui mon cri, ma bouche faisait déjà son éloge.« (Ps 65, 17)

Après avoir demandé, je fais une pause louange. Je dis au Seigneur mon admiration pour ce qu’il est. Sans arrière-pensées, je lui redis mon émerveillement devant son mystère de bonté et de beauté. Ce n’est pour moi ni calcul ni corvée, mais le simple résultat de mon coeur d’enfant.

Quand je serai exaucé, parce que vous aurez uni votre prière à la mienne, même sans en connaître le contenu, je vous dirai ce que j’ai demandé au Seigneur…

Article publié dans le Prions en Église de décembre 2005