D’année en année, l’anniversaire de l’élection du cardinal Bergoglio comme évêque de Rome, le 13 mars 2013, est toujours une occasion d’intégrer le plus possible, dans nos églises diocésaines, son ministère surprenant. Sans aucun doute, il fait bouger beaucoup l’Église, ce qui est une inspiration pour nous qui faisons face à une forme de découragement. Car, au Québec, les communautés chrétiennes peinent à changer.

Le pape François ne fait pas avancer l’Église quant à la doctrine car, de toute évidence, c’est un conservateur. Mais, devenu pape, il a singulièrement adouci le ton. Quand il était curé ou évêque en Argentine, il a eu des paroles très dures au sujet du mariage entre personnes homosexuelles. Devenu évêque de Rome, il a eu ce mot que les homosexuels ont vivement applaudi : « Qui suis-je pour les juger? »

C’est pastoralement que François met l’Église en marche, au point de lui faire faire des pas de géant. Moins d’une année après son arrivée à la tête de l’Église, il en avait déjà tellement changé l’image qu’il a été reconnu « l’homme de l’année » par le magazine Time.

Quelle est la force qui permet à François de mettre en marche une institution qui, malgré des avancées considérables avec le Concile, marquait le pas? C’est la pastorale de la proximité. C’est un homme de terrain, particulièrement auprès des pauvres. Il a compris que la place d’un bon pasteur n’est pas dans une tour de contrôle du troupeau, mais avec lui. C’est ainsi, par exemple, qu’il a abandonné des « signes extérieurs d’une aristocratie qui, dans l’Église, écrit Albert Rouet, archevêque émérite de Poitiers, persiste avec un anachronisme étonnant. Le pape, souverain pontife, titre emprunté aux empereurs romains. L’évêque appelé monseigneur, comme s’il était encore un prince féodal, etc. » Évêque, Bergoglio n’a jamais accepté d’être appelé monseigneur, ni  souverain pontife lorsqu’il est devenu pape. On peut même l’appeler encore Jorge.

François fait dans l’Église une révolution pastorale, mais en veillant à préserver son unité. Dans une conférence de presse au Vatican, au temps de Benoît XVI, il avait déclaré : « La force de l’Église réside dans la communion; sa faiblesse, dans la division et l’opposition. »

Avec un soin extrême, il respecte l’aile conservatrice de l’Église. Il laisse encore le cardinal Marc Ouellet au troisième dicastère en importance de la Curie, celui de la nomination des évêques. Quand il fait des déclarations avant-gardistes comme l’accueil des divorcés-remariés, il prend soin de citer quelques passages du Catéchisme de l’Église catholique… En vue de renouveler le discours de l’Église sur la famille, il fait une consultation des catholiques du monde entier.

Ses ouvertures aux conservateurs ne réussissent pas à les faire taire, mais elles empêchent au moins qu’ils provoquent un schisme.

Ce qui importe pour François, c’est que tout le monde marche dans la même direction, sans que pour autant ce soit au même pas. Il prend en compte ce que faisait l’apôtre Paul, qui acceptait volontiers que, dans les communautés, il y avait ce qu’il appelait « les parfaits » et les autres moins avancés. Que lui importait! « Au point où nous sommes arrivés, disait-il, marchons dans la même direction. » (Ph 3, 15-16)

François met fin à la logique du « tout ou rien ». Il reconnaît le droit à des fidèles d’être pleinement de l’Église, sans pour autant être conformes à un modèle unique d’appartenance. Pour lui, on n’en est pas moins de la communauté chrétienne si l’on n’en assume pas toutes les pratiques. Il avalise les cheminements particuliers, propres à chaque groupe de baptisés.

Cet homme, qui fait faire tant de chemin à l’Église, qui tournait en rond, est un homme du troisième âge. Il inverse le proverbe de Corneille : « À une âme bien née, la valeur n’attend pas le nombre des années. » Ce proverbe devient : « À une âme bien née, la valeur peut attendre le nombre des années. » Comme Jean XXIII, le père du Concile, François est la preuve vivante qu’à un âge avancé, on peut faire avancer les choses.

Nos églises diocésaines sont faites majoritairement de baptisés du troisième âge, animés de l’Esprit comme l’est François. L’espérance contre toute espérance est donc possible (Rm 4, 18). En nous inspirant du pape François, le meilleur de nos communautés n’est-il pas devant nous?