Avec la loi 52, l’aide médicale à mourir entrera en vigueur le 10 décembre prochain. Elle a été votée par tous les partis politiques de l’Assemblée nationale et appuyée par 85 % des Québécois. Malgré ce large consensus, elle continue à susciter des débats, notamment chez les intervenants du milieu, qui sont toujours divisés à son sujet. Et on comprend pourquoi : provoquer la fin de la vie n’est pas la seule façon d’en prendre soin. Il y a une autre solution possible : les soins palliatifs.

Justement, au début de septembre, 27 des 29 maisons de soins palliatifs ont dit leur volonté de ne pas inclure l’aide médicale à mourir dans leurs services. Cette décision a fait réagir le ministre de la Santé. S’il ne peut obliger les médecins à aider des personnes à mourir, car la loi 52 leur permet de refuser de le faire, il jongle avec l’idée de forcer les maisons elles-mêmes à offrir ce service, quitte à couper les maigres fonds qu’il leur attribue si elles s’y refusent.

Le choix de ces établissements est pleinement justifié. Ceux-ci ne pourraient s’ouvrir à la loi 52 sans se renier eux-mêmes. Car leur objectif est en contradiction avec ceux de l’aide médicale à mourir. Les maisons de soins palliatifs partent d’un constat : les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir ne le font pas, sauf dans des cas extrêmement rares, à cause d’une extrême souffrance physique. Dans ma communauté, il y a un médecin interniste. En plus de trente ans de service à l’hôpital, une seule fois il a été incapable de soulager la douleur avec des médicaments. D’autres médecins témoignent dans le même sens. Dans l’État de l’Oregon, où l’aide médicale à mourir est légale depuis longtemps, on a interrogé 200 personnes qui, après avoir demandé cette aide, sont revenues sur leur décision. On leur a posé la question : « Pourquoi aviez-vous fait cette demande? À cause de souffrances physiques? − Non, parce que nous n’avions plus de qualité de vie. »

Or, précisément, les maisons de soins palliatifs valorisent la vie jusqu’au dernier souffle. Elles en prennent un soin qui veut dire au malade : « Ça vaut la peine de faire ce que nous faisons parce que votre vie a de la valeur, elle est précieuse. Dites-vous chaque matin : ‘’Vivre, vivre, encore un jour, un jour de plus, ça vaut la peine.‘’ »

Les soins palliatifs accompagnent la nature, la soutiennent, compensent ses limites, mais ne la violentent pas comme le fait l’aide médicale à mourir.

Il y a un an, ma sœur cadette était aux soins palliatifs de l’hôpital Sainte-Croix à Drummondville. Je suis allé la voir; elle allait mourir quelques heures plus tard. Peu après mon arrivée à la chambre, elle a repris connaissance, le temps que je lui dise : « Pauline, je t’aime » et qu’elle me réponde : « Moi aussi. » À nouveau, elle a perdu connaissance. Une heure plus tard, je suis allé prendre un café. Quand je suis revenu, elle a ouvert les yeux et, avec une voix et un regard d’enfant, elle s’est exclamée en me voyant : « Comme il a vieilli ! » Ce furent ses dernières paroles. La nature avait fait régresser ma sœur de 85 ans au stade d’enfant. C’était pour lui faire affronter la mort sans aucune crainte. Car, que peut craindre un enfant qui tient la main de sa mère toute-puissante? De fait ma sœur est morte avec une simplicité et un calme extraordinaires. La nature est l’aide idéale à mourir.

Des plus communes, et des plus anciennes, est la comparaison de la vie à un chemin. À la suite de la loi 52, un jour, il y aura une décision à prendre : est-ce que je le poursuis jusqu’à la fin ou est-ce que je bifurque? C’est le choix entre les soins palliatifs et l’aide médicale à mourir. Et, me semble-t-il, mourir dans la dignité, c’est mourir non pas à côté du chemin de la vie, mais au bout.